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BlablaARTS - Brigitte Roussey

Expositions - Beaux-Arts

La Méduse, du peintre russe Jawlensky

La Méduse 1923

Alexei von Jawlensky (1864-1941) est un peintre d'origine russe proche de son compatriote Kandinsky. Il a joué un rôle important dans le mouvement de l'Expressionnisme allemand. Ce tableau dont le titre exact voulu par l'artiste est : Tête de femme "Méduse", Lumière et Ombre, a été acheté en 1936 par le Musée des Beaux-Arts de Lyon ; il fait encore partie de sa collection. L'artiste l'a peint en 1923. Il mesure 42X31 cm et est signé en bas à gauche. C'est l'une de ses premières oeuvres.

Le thème de la méduse est unique dans l'oeuvre du peintre. Par contre la représentation du visage occupe le centre de son travail fortement influencé par les icônes russes dont il admire le mysticisme. A partir de 1917 Jawlensky en fait son sujet exclusif et laisse libre cours à  l'obsession qui le pousse à représenter des visages qu'il simplifie et schématise de plus en plus au fil des années. La Méduse est la suite logique de ses séries des Têtes mystiques et des Faces du Sauveur, qui ont précédé  son retour en Allemagne en 1921 après son exil pendant la Première Guerre mondiale.

Le tableau est étrange. Le visage légèrement décentré occupe toute la surface de la toile. Les yeux immenses en amande donnent une puissance plastique étonnante au tableau. Ils évoquent le pouvoir pétrifiant de la méduse, accentué par le traitement stylisé des mèches de cheveux qui rappellent les serpents habitant la chevelure noire de la gorgone. Jawlensky est fasciné par l'art des icônes à qui il emprunte les codifications en cernant les plages colorées des visages par des traits sombres qui isolent le tableau de son environnement. Il n'y a pas d'espaces, pas de perspective, pas de mélanges de couleurs dans la palette. La peinture est posée directement sur la toile qui n'est pas toujours totalement recouverte. Les couleurs pures agressives et contrastées sont primaires: jaune, rouge, bleu, et aussi binaires : orange, vert et violet. Tous les détails anecdotiques sont supprimés dans ce visage hiératique qui est plus le reflet d'une pensée ou d'une idéologie qu'un portrait.

Cette "Méduse" d'une rare intensité trouble ceux qui la regardent car elle les invite à plonger dans le fond mystérieux de ses yeux dilatés presque hypnotiques. Un tableau qui nous interpelle par le chromatisme intense des couleurs et par sa puissance. Jawlensky est un  grand peintre expressionniste qui a marqué son temps.

Brigitte Roussey

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