Expositions - Beaux-Arts
22 Mai 2025
Villeurbanne - Exposition
Institut d'Art contemporain
Jusqu'au 27 juillet 2025
L’Institut d’Art contemporain de Villeurbanne accueille pour la première fois en Europe les expositions monographiques de Li Yi-Fan (1989) et de Chang Yung-TA (1981), deux artistes taïwanais qui, au-travers de sculptures, vidéos, images et sons, livrent chacun à leur manière, le monde tel qu’ils le perçoivent. L’espace d’exposition se partage en deux zones : celle de gauche est réservée aux créations de Li Yi-Fan (1989) et à droite, à celles de Chang Yung-Ta.
« Dernier avertissement », l’expositions de Li Yi-Fan, livre à ses visiteurs son univers en constantes mutations, où tout va trop vite, où tout est mouvant et difficile à stabiliser. Ses installation-vidéos nous incitent à réfléchir sur le rapport de l’homme au virtuel, un rapport qui oscille entre l’attrait et le rejet, et qui conduit à une perte de repères dans un monde en plein bouleversement. Pour l’artiste tout va si vite que tout devient caduc car l’œuvre disparait avant qu’elle ne soit achevée ! Alors il se demande pourquoi s’arrêter à une réalisation fixe et définitive quand tout bascule, entraîné par « un système qui tourne en boucle ».
Dès l’entrée dans l’exposition nous sommes interpelés par la vidéo If you can’t Larp, you’ll cry 2024, où l’on voit des sculptures d’argiles s’animer en une sorte de « ballet numérique hypnotique » plongées dans une lumière verte. Un peu plus loin Boring Gray 2021, présente un spectre qui évoque des créatures mourantes… Ces sortes de jeux vidéo en 3D « dissèquent la vie et la mort de l’humain en un jeu morbide chargé d’émotions ». Li Yi-Fan représentera Taïwan à la Biennale d’art contemporain de Venise en 2026
L’exposition « Les échos du silence » » de Chang Yung-Ta propose à son public une « balade méditative » qui l’incite à s’interroger sur les perturbations, même imperceptibles, qui régissent notre environnement. Dans ses installations-vidéo il transforme des phénomènes naturels minimes en compositions sonores, créant ainsi un monde d’ondes et de fréquences qui révèle ce qui nous échappe habituellement comme « les pulsations du hasard, les murmures du rayonnement ou la silhouette des sons ».
En découvrant l’univers de Chang Yung-Ta, une première installation- vidéo retient notre attention par ses innovations techniques : Without composing n°5 2023, est un dispositif dont les structures en verre transparent laissent percevoir des écrans capteurs qui transforment des radiations en signaux visuels comme autant d’images numériques. Un peu plus loin "Scape.unseen-model T" 2020, une grande installation mixte, puis, "Scape.unseen-sample T" qui se penche sur l’érosion des roches sous l’effet de l’eau, symbolisée ici par 9 plaques de marbres de dimensions variables altérées progressivement par un écoulement d’eau programmé. L’artiste concentre son travail de recherche sur la relation possible entre l’homme, la technologie et l’environnement.
Deux expositions et deux univers qui repoussent, chacun à leur manière, les limites de notre perception. En découvrant ces œuvres souvent déroutantes, les visiteurs se demanderont peut-être si la technologie est bien un art.
Brigitte Roussey